Plaidoyer pour le peuplier

Artisanat et métier. Une connaissance des matériaux et un goût non négligeable pour l’innovation. Ce ne sont que quelquesunes des caractéristiques d’une entreprise qui ne cesse de se remettre en question. Et principalement dans le domaine du sur mesure.

Ne croyez pas parler simplement bois avec un connaisseur comme Bert Leysen, un des responsables de production chez Bulo. Il est depuis des années familier avec le monde du hêtre, du chêne et du frêne ... Le métier passe de père en fils, mais c’est surtout la passion du métier qui l’a motivé. Une passion pour la chaleur dégagée par le bois. ‘Le bois est un produit naturel’, déclare Bert. ‘La plupart des gens en ont une vue erronée. Ils exigent de ce bois la perfection alors que l’arbre dont il provient était peut-être vieux de 80 ans. Et que chaque année passée lui a laissé des cicatrices. Des différences dans les couleurs ou la structure sont souvent montrées du doigt par le client. Alors qu’il devrait en être tout autrement.’

'Le bois est bien trop précieux pour n’en faire que du combustible.' Bert Leysen

La récupération du bois

Pour Bert, se promener c’est observer chaque arbre, chaque forêt. Car ce sont les forêts qui comptent. ‘Pendant des années, nous avons fait acheminer des forêts de chênes d’Ukraine vers ici’, dit-t-il. ‘Le chêne est devenu un produit standard autour duquel s’est développée en Belgique une industrie entière. Nous étions convaincus que nos forêts ne pouvaient présenter aucun intérêt. Je vois pourtant aussi des arbres ici. Seulement, il fut un temps où ils ne servaient que de bois de chauffage. C’est bien dommage, tout ne devrait-il pas être centré sur l’unité du produit?’ Et de citer O Mr. President, le dernier-né de la gamme Bulo destiné au dirigeant de demain, entièrement réalisé à partir de bois recyclé. ‘Ce produit est le meilleur exemple de ce qui est réalisable: un beau design, conçu localement à partir de planches de récupération. Avec une empreinte écologique proche de zéro. C’est finalement notre objectif.’

Et le voilà revenu à la charge avec un autre exemple: les piliers de la lagune de Venise. Des piliers en bois légendaires immergés dans l’eau depuis plus de 20 années. ‘Autrefois, ils finissaient tous dans la cheminée. Aujourd’hui, on a trouvé bien mieux: il est possible de leur imaginer des destinations magnifiques. Ces piliers sont en chêne massif mais abritent des coquillages. Ils peuvent bien être pourris, ces piliers racontent une histoire. Pour nous, ils ont un avenir.’

Les matières premières

Bert estime que le bois a encore de beaux jours devant lui. Il parle du buis et de sa ‘structure particulière’, du bambou ‘qui est entretemps devenu écologiquement acceptable’, du noyer et du peuplier, autrefois tant dénigrés, de l’ipé, bois d’échafaudage, souvent utilisé comme parquet … ‘Je plaide pour le peuplier’, déclare-t-il résolument. ‘Ce matin encore, je me trouvai dans la scierie, quel bois magnifique. Avant, il servait à confectionner des caissettes mais il trouve aujourd’hui heureusement toujours plus d’applications.

Le hêtre a longtemps aussi été sous-estimé, c’était le bâtonnet de la crème glacée. Fort heureusement, de plus en plus de personnes arrivent à trouver d’autres utilités pour le bois.’ Il l’avoue. Un revirement s’effectue dans la manière dont les gens envisagent le bois. Ils recherchent et apprécient à nouveau le véritable bois. ‘Avant, on ne tolérait pas une tache ou un noeud dans le bois. Aujourd’hui, le client est devenu plus critique mais il veut connaître toute l’histoire. Y compris que ce défaut n’en est pas un mais bien une caractéristique du bois véritable.’ Selon Bert, la production locale a également le vent en poupe. ‘Et pourquoi pas d’ailleurs? Toute entre prise est en mesure de trouver des forêts dans un rayon de 100 kilomètres. Ces forêts doivent être correctement gérées, en véritable père de famille. Tous ces matériaux bien de chez nous peuvent nous être très utiles. Le bois est bien trop précieux pour n’en faire que du combustible.’

La valorisation des matières premières va de pair avec un plus grand engouement pour le sur mesure – dans ce domaine également, le client a évolué. ‘Chez Bulo, nous faisons bien plus de sur mesure qu’avant et c’est d’ailleurs un de nos points forts’, déclare Bert qui collabore également avec des architectes. ‘Il s’agit évidemment d’une évolution qui s’étale sur des années, mais c’est devenu notre plus-value. Les clients, les architectes, s’en rendent de plus en plus souvent compte. Ils sont par ailleurs beaucoup plus demandeurs.’